Dans cette série Terroirs Organisés, je mets en lumière les coulisses d’entreprises agricoles et/ou de transformation ; des parcours qui sortent des cases. On parle souvent de la charge administrative des agriculteurs sans pour autant entrer dans le détail : comment s’organisent-ils concrètement au quotidien ?
Pour ce troisième épisode, direction Chauvé, en Loire-Atlantique, à la rencontre d’Albanne Dubreuil qui a créé, depuis 2024, Le Verger des Arômes.
🌳 L’entreprise : Une seconde vie en strates Non issue du monde agricole, après plusieurs vies professionnelles, Albanne a mûri son projet pendant plusieurs années : bilan de compétences, sorties botaniques, passion pour la transformation de fruits… Puis elle a eu le déclic, l’évidence a été totale et, en deux mois, elle savait ce qu’elle voulait faire. Pour valider son projet, elle a passé plusieurs mois à tester le terrain (et son corps) auprès d’agriculteurs partout en France, et a passé son BPREA (Brevet Professionnel de Responsable d’Entreprise Agricole). Elle a également pris le temps de développer un réseau local fort avant de se lancer dans la recherche des terres.
Aujourd’hui, elle a créé Le Verger des Arômes, une ferme fruitière de 2,5 hectares, une surface raisonnable pour s’installer à ses yeux. Elle a racheté un champ exploité en céréales depuis des décennies pour y créer de zéro un verger bio diversifié. Son modèle repose sur différentes strates qui commencent à produire petit à petit :
- Petits fruits : Fraises, framboises, myrtilles (et cette année mûres et cassis).
- Arbres fruitiers, herbes aromatiques et ruches.
Albanne travaille « comme une maraîchère », avec beaucoup de manuel et une culture en plein champ. Son critère de choix pour le lieu ? La proximité (moins de 10 km de chez elle), un lieu de passage stratégique pour la vente, un ruisseau, mais surtout le feeling. Ce cadre est idéal pour la cueillette libre, un mode de commercialisation qui lui permet d’aller directement à la rencontre de ses clients.
🛠️ Le métier : L’animation du champ et le poids de l’investissement Ce qui anime Albanne, c’est le travail au champ et la relation clientèle. Elle fait d’ailleurs partie d’un GIEE (Groupement d’Intérêt Économique et Environnemental) porté par le GAB Anjou, car selon elle, « plus on a d’itinéraires techniques, plus il faut apprendre ».
Mais le métier est exigeant. Seule sur l’exploitation (avec son mari en aidant), elle travaille tous les jours depuis mars sans compter ses heures. Le travail au champ est donc aussi ce qui lui pèse le plus. « Le corps le permet donc je le fais, mais il faut savoir s’arrêter. Je me considère encore en installation et j’espère que l’an prochain j’arriverai à faire moins d’heures. »
La diversité du verger est sa sécurité : elle permet de se rattraper sur une production en cas d’aléa climatique sur une autre. Et les aléas sont là : cette année, la saison a été si précoce qu’elle a commencé la commercialisation deux semaines plus tôt que prévu.
📊 La gestion opérationnelle : Excel au service du registre de culture Pour Albanne, la base de l’organisation repose sur deux outils :
- Le registre de culture (sur Excel) : Elle y enregistre chaque jour toutes les opérations. C’est sa base pour les comparatifs d’une année sur l’autre, ses déclarations et le suivi pour le certificateur. Elle y note également le temps passé par activité.
- Le suivi commercial : avec son registre clientèle et son fichier caisse.
Côté comptabilité, elle suit actuellement une formation pour réaliser elle-même la saisie de ses factures. Sa méthode ? Tout est classé dans son PC et dans des classeurs. Elle suit un calendrier précis pour les déclarations (MSA, banque, assurance, certificateur) et relance ses contrats une fois par an. Elle préfère gérer « au fil de l’eau » plutôt que de s’imposer un rendez-vous hebdomadaire fixe.
Cependant, la charge mentale est réelle : « C’est tout ce qui se rajoute qui est lourd : les achats, scanner les factures, la recherche de fournisseurs, les relances clients, les réseaux sociaux… On est tout le temps sollicité par mail ou téléphone. »
Albanne souligne aussi l’importance de savoir dire « non ». En plus de sa ferme, elle est déléguée de canton MSA et a un engagement dans une association environnementale. Elle reconnaît qu’elle n’a pas su dire non quand elle a été sollicitée pour renouveler les bénévoles et que cela fait trop en parallèle de son installation.
📂 Conclusion : Les conseils d’Albanne pour un projet serein Grâce à sa rigueur, retrouver un document ou une information n’est pas un sujet. Pour elle, la clé d’une installation réussie réside dans la préparation :
- Ne pas rester seul : « Il ne faut surtout pas rester dans son coin car ça peut être compliqué comme métier. » Elle a su créer son réseau local avant même de s’installer, c’est important pour la recherche des terres et ensuite pour la commercialisation.
- Réfléchir son projet : Bien valider l’investissement financier, le territoire et le temps nécessaire avec l’impact sur la famille pour ne pas y laisser sa santé. Il faut l’adéquation entre le lieu, le projet et le porteur de projet.
- Tester d’autres modèles : Travailler chez d’autres agriculteurs pour voir ce qui nous correspond vraiment. « Il n’y a rien de pressé dans une installation, il vaut mieux le faire bien. »
Lors de son installation, elle a dû négocier pendant des mois avec l’ancien exploitant pour récupérer le bail des terres. Elle a su bien après que c’était parce qu’il pensait que c’était une « bobo ». Aujourd’hui, Albanne tire une grande satisfaction d’avoir créé un lieu où les gens se sentent bien, même si, pour elle, il y a encore beaucoup à faire.
🙏 Merci Albanne pour ce partage authentique sur les coulisses de votre installation.
➡️ Et vous, quel est l’outil ou l’astuce qui vous permet de ne pas perdre d’infos quand vous êtes sur le terrain ?
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