Dans cette série Terroirs Organisés, je mets en lumière les coulisses d’entreprises agricoles et/ou de transformation ; des parcours qui sortent des cases. On parle souvent de la charge administrative forte pour les acteurs du secteur sans pour autant entrer dans le détail : comment s’organisent-ils concrètement au quotidien ? C’est un sujet qui me tient à cœur de documenter.
Pour ce sixième épisode, direction Cournon-d’Auvergne, en Auvergne, à la rencontre de Julien Anglade, fondateur de CLAC, la Conserverie Locale Artisanale et Créative.
🥫 L’entreprise : Sortir du moule pour mieux transformer
Julien est ingénieur en production agroalimentaire de formation avec une spécialité Marketing. Mais très vite, il ne se retrouve pas dans le modèle de l’industrie alimentaire : stocks bas, forte rentabilité, additifs… Pour lui, c’est soit on se tait pour rentrer dans le moule, soit on en sort. Il choisit d’en sortir et de créer un modèle qui lui correspond pour défendre les producteurs et lutter contre le gaspillage alimentaire.
En 2017, il crée CLAC à Cournon-d’Auvergne, avec une conviction simple : valoriser les produits locaux et bio en circuit court, sans compromis sur la qualité. En 2023, une deuxième marque voit le jour : la Conserverie des Volcans. Et en 2025, une Guinguette ouvre ses portes sur le site.
La conserverie travaille aujourd’hui avec plus de 70 producteurs et propose plus de 250 recettes : tartinables apéritifs, légumes cuisinés, sauces, pickles, desserts, confitures, pour ses propres marques comme pour des recettes sur mesure à façon pour les producteurs, soit plus de 55 fermes accompagnées. L’aventure est distribuée dans plus de 350 magasins.
L’équipe compte aujourd’hui 7 personnes à temps plein et 3 apprentis.
🎯 Le métier : Toucher à tout, sauf au conflit
Ce que Julien préfère dans son métier ? Toucher à tout. Il est moins dans l’opérationnel au quotidien avec la gestion de la communication et de la stratégie, il garde tout de même une grande proximité avec le terrain grâce à la création de recettes, la relation avec les producteurs, et les midis à la Guinguette.
Ce qui pèse le plus ? Les situations RH difficiles. « Je n’ai jamais aimé le conflit dans la vie, donc quand il y a des tensions, je ne passe jamais un bon moment. » La comptabilité figure aussi dans la liste des sujets qu’il aime moins.
📋 La gestion opérationnelle : Deux têtes, des rôles clairs
CLAC repose aujourd’hui sur deux associés aux rôles bien distincts : Baptiste, le tout premier salarié, gère la direction opérationnelle, les achats, la planification et le management de l’équipe de production. Julien, lui, s’occupe de l’économie, de la stratégie, de la communication et du commercial. Au quotidien, au sein de l’équipe, chacun sait ce qu’il doit faire. Aujourd’hui, le chantier en cours est d’aller encore plus loin dans la structure de la gestion des recettes pour que ce soit encore plus fluide et moins chronophage.
Sur le terrain, l’organisation s’appuie sur des outils bien rodés. Un très grand tableau Velleda en production affiche le programme de la semaine et les tâches de chacun : central, visible de tous, immédiat. Les recettes sont imprimées à la semaine. Un agenda partagé centralise les échéances annuelles. Et côté communication : chaque post suit une procédure graphique documentée pour l’entretien, le paramétrage, le nettoyage, les étapes clés. Ce sont des outils de management visuel rendent le quotidien fluide et accessible à tous.
L’oralité reste la base de la circulation de l’information entre associés et salariés.
📂 La gestion des données : Un système de fiches rodé depuis 10 ans
En production, CLAC s’appuie sur un système de fiches suiveuses papier mis en place depuis les débuts : toutes les infos de recette, les paramètres techniques, les numéros de lot, les barèmes de stérilisation y sont consignés. Les fiches sont archivées par jour de production. Ce système a passé plusieurs contrôles des fraudes et certifications sans accroc. « Le papier, ce n’est pas un souci. »
Ajouter du numérique en production ? Ce n’est pas à l’ordre du jour. Former toute l’équipe représente un effort conséquent, et la conserverie a également un axe social : le papier reste la solution la plus inclusive et la plus fiable.
Pour le suivi commercial, c’est une autre histoire. CLAC utilise Sellsy comme CRM : suivi des clients, campagnes d’envoi, rapports personnalisés, comparatifs. Brevo pour les campagnes marketing. Prestashop pour le site e-commerce. Et un fichier Excel poussé pour la gestion des recettes et des approvisionnements sur un mois de fabrication. Pourquoi Excel ? C’est l’outil du démarrage, il fait le job, et un ERP n’aurait pas de sens à ce stade.
Les contrôles de stabilité (pH notamment) sont enregistrés sur Google Sheets, ce qui permet de retrouver facilement le jour de production pour n’importe quel numéro de lot. Un ordinateur dédié est basé à la production pour ces saisies.
Côté « sueur froide » : un rappel de lot pour du sésame. Mais le lot était encore en stock chez eux, non entamé. Résolution simple donc.
💡 Conclusion : Une alimentation locale et de qualité a un coût, et c’est la clé
Julien travaille beaucoup sur l’IA en ce moment, pour aller plus loin dans l’analyse de la data et prendre de la hauteur sur son activité. Une façon de plus de ne pas rester immobile.
Son message : « Une alimentation de qualité faite à petite échelle locale et territoriale a un coût, certes. Mais c’est la clé d’une souveraineté alimentaire. »
Merci Julien pour ce partage franc et engagé sur les coulisses de CLAC.
➡️ Et vous, quel est l’outil ou l’organisation qui vous permet de garder le cap quand l’activité se complexifie ?
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