Terroirs Organisés #4 – Portrait de Manon Robert, co-fondatrice de Fourmi : la conserverie autrement.

Dans cette série Terroirs Organisés, je continue d’explorer les coulisses des entreprises qui font bouger les lignes de notre système alimentaire. Comment s’organise-t-on quand on choisit de travailler avec des énergies non pilotables et des outils auto-construits ?

Pour ce quatrième épisode, direction Rennes pour rencontrer Manon Robert, co-fondatrice avec son conjoint Quentin de Fourmi, une micro-conserverie végétale pas comme les autres.

☀️ L’entreprise : Résilience, soleil et biomasse 
L’idée de Fourmi a émergé en 2020. Manon (issue du développement touristique) et Quentin (ingénieur en géologie) font un constat simple : le système alimentaire local est fragile. Pour améliorer la résilience du territoire et soutenir la filière bio, ils décident de créer une solution de conservation durable.
Leur défi ? S’affranchir de la dépendance aux coûts de l’énergie et du matériel industriel classique.

  • L’énergie : Ils utilisent le soleil et la biomasse. L’idée est venue lors de la rencontre avec un boulanger qui fait du pain au solaire en Normandie.
  • La technique : Il leur a fallu un an et demi de tests pour valider la maîtrise des barèmes de pasteurisation avec une énergie non pilotable et s’assurer du bon respect des obligations réglementaires
  • L’outil de travail : Ils ont auto-construit leurs outils. Dans une conserverie classique, l’autoclave est une pièce coûteuse, fragile et difficile à réparer. En auto-construisant, ils gagnent en robustesse : tout est réparable par leurs soins.

Ouverte officiellement en 2025, la conserverie propose trois piliers :
1. La transformation à façon pour les producteurs locaux (valoriser leurs surplus).
2. Leur propre gamme de recettes (depuis octobre 2025).
3. Des ateliers pour (re)transmettre le savoir-faire de la conservation aux particuliers.

Leur rayon d’action est strict : tout est sourcé, transformé et vendu dans un périmètre de 40 km autour de Rennes, avec une transparence totale sur l’origine (70 à 99 % d’ingrédients locaux sourcés dans le département). Aujourd’hui, ils sont deux. Quand cela sera possible et que le modèle aura fait ses preuves, ils souhaiteraient être trois pour pouvoir essaimer des conserveries solaires dans d’autres régions et ainsi avoir de l’impact ailleurs sans y être réellement.

🛠️ Le métier : Entre fierté et défis du démarrage
Ce qui anime Manon, c’est la relation avec les producteurs. « Ils ont un métier magnifique et beaucoup de courage. Les aider à se rémunérer un peu plus en valorisant des légumes qu’ils n’auraient pas pu vendre est une grande source de satisfaction. » Elle tire également une grande fierté de proposer des produits dont le processus de fabrication n’abîme pas l’environnement.

Cependant, le quotidien d’entrepreneur n’est pas sans embûches. Ce qui lui pèse le plus ? La frustration du démarrage. Se faire connaître demande énormément d’efforts pour des résultats qui tardent parfois à venir à court terme.

L’entrepreneuriat a des avantages : il faut être très polyvalent, il n’y a pas de routine et c’est donc très riche ; cependant, on ne peut pas aimer toutes les tâches. Manon gère également la communication par nécessité, bien qu’elle n’y prenne pas de plaisir, préférant de loin le contact humain de la commercialisation et des dégustations.

📊 La gestion opérationnelle : De la « débrouille » Excel à la structuration
À deux sur l’exploitation, la répartition des rôles est claire :
Quentin : Pilotage et planification de la production, achats, facturation et gestion de la qualité (traçabilité, labels, enregistrements).
Manon : Transmission (ateliers), communication (RS, presse, site), administratif, réseau, RH et livraisons.

  • La production : Ils la font à deux.

L’évolution des outils : Au départ, l’organisation reposait sur Excel : « Plein de petits fichiers partout », ce qui rendait les suivis lourds. Pour gagner du temps et de la clarté, ils sont en train de basculer sur Socleo (un outil nantais). L’objectif est de centraliser les fiches de fabrication, les bons de livraison et les stocks de produits finis.

Pour le reste, ils utilisent :
– Un serveur commun pour le partage de documents.
– Pennylane pour la comptabilité.
– Canva pour la création visuelle.

Malgré le temps que prend cette organisation « manuelle » au début, leur rigueur paie : leur dernier audit bio s’est soldé par zéro manquement.

📂 Conclusion : Le dilemme de l’outil idéal
Si Manon avait une baguette magique, elle aimerait pouvoir s’équiper tout de suite des bons outils structurants. « Ce qui est difficile au démarrage, c’est de choisir entre un outil payant performant immédiatement et le mode ‘débrouille’ où l’on dépense moins d’argent mais beaucoup trop de temps. » Ils ont fait le choix de se structurer d’abord de façon fastidieuse avant de pouvoir investir dans un outil pro.

Et si elle avait le droit à une autre baguette magique ? Ce serait pour trouver les bons interlocuteurs et les bons prestataires au bon moment car cela est important et pourtant, vraiment pas évident.

🙏 Merci Manon pour ce partage sur une aventure qui allie technicité low-tech et engagement local.

➡️ Et vous, à quel moment avez-vous senti que le mode « débrouille » (Excel & co) atteignait ses limites pour passer sur un outil professionnel ?

#TerroirsOrganisés #Conserverie #LowTech #EnergieSolaire #Rennes #ResilienceAlimentaire #Bio #CircuitCourt

Category:
Terroirs Organisés - Portraits